Anaël Tchoulfian est étudiant à l’Université de Montréal.
Le leader chinois des moteurs de recherche vient d’annoncer ce mardi 19 juillet 2011, un important accord avec trois des principales majors de l’industrie musicale. Réunies au sein du joint-venture One-Stop China, Universal, Warner et Sony se sont donc entendues avec Baidu afin de proposer une offre légale de téléchargement disponible uniquement en Chine.
Rappelons que cet accord est le fruit de nombreuses tractations et de tensions dont le point culminant s’était matérialisé par l’ouverture d’une procédure judiciaire devant les instances judiciaires chinoises en février 2008 à l’encontre de Baidu, accusé de favoriser le téléchargement illégal. Réclamant plus de 63,5 millions de yuans (plus de 9,3 millions de dollars) en violation de leurs droits de propriété intellectuelle, le trio s’était vu débouté de ses demandes par un tribunal chinois en janvier 2010. Ce dernier avait reconnu que les liens internets mis à disposition par Baidu et redirigeant les internautes vers des sites de téléchargement n’étaient pas illégaux.
Alors que l’affaire, encore pendante devant les tribunaux, semblait se diriger vers une bataille judiciaire intense, l’accord conclut aujourd’hui tombe à point nommé. Ce dernier prévoit désormais la distribution par Baidu des Å“uvres artistiques produites par One-Stop China au moyen de liens « légaux », en contrepartie du paiement de redevances proportionnelles à l’utilisation des contenus protégés.
Outre le fait qu’il met fin aux poursuites intentées contre le géant chinois, cet accord est aussi annonciateur d’une nouvelle politique visant à lutter de manière plus intense contre le téléchargement illégal sur internet pour lequel la Chine représente un terrain propice. En enjoignant ainsi l’acteur principal que représente Baidu (plus de 75% de parts de marché) à se ranger du coté du droit, One-Stop China envoie un signal fort sur sa motivation à combattre le téléchargement illégal et se frotte aussi les mains dans le cadre d’une opération juteuse qui lui permettra de récupérer des redevances d’un montant non négligeable.
Reprenant les propos de Jennifer Li, directeur financier de Baidu qui le qualifie de « gagnant/gagnant », le présent accord, bien qu’extrêmement onéreux à court terme, s’analyse surtout comme un investissement sur le long terme visant à renforcer la position de Baidu face à ses futurs compétiteurs mais aussi à anticiper la création de nouvelles sources de revenus dans un marché en pleine expansion.
Après avoir supplicié Google qui tentait de percer le marché chinois (seulement 14% de parts de marché aujourd’hui) et tenu tête aux maîtres de l’industrie musicale, Baidu, réalise encore un tour dont il a le secret en s’associant avec ceux qui, il y a encore peu de temps, l’accusaient de torpiller les profits de leurs activités en valorisant quasi ouvertement le téléchargement illégal.
En proposant aujourd’hui une offre de plus de 500,000 morceaux de musique disponibles sous différents formats, par le biais d’un téléchargement devenu maintenant légal, Baidu innove et renforce encore un peu plus une position déjà hégémonique.













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