Après l’adoption de la Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet (HADOPI) et de la Loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI II), un nouvel air souffle sur la France, celui-ci du contrôle du réseau Internet par l’État qui souhaite instaurer un « Internet civilisé », tel que le Président français l’a énoncé lors du e-G8 qui a eu lieu à Paris le 24-25 mai 2011. Ce qui est intéressant, c’est que cette notion avait déjà été utilisée par le gouvernement chinois en 2006 qui voulait en faire son « cheval de bataille » pour bloquer les sites à contenus jugés amoraux ou contraire à la politique en vigueur. Ce nouveau standard français est une notion aux contours flous qui est distinguée, toujours selon le Président lors de son discours de ses vÅ“ux en janvier 2011, de « l’Internet régulé » :

« Je ne dis même pas de l’internet régulé, je dis de l’internet civilisé. C’est l’intérêt de tout le monde. ».

Pourtant, dans une lettre du Président adressé à l’un de ses ministres, l’« Internet civilisé » semble plus tendre vers un « Internet régulé » ou un « Internet surveillé ». En effet, il énonce en des termes très clair :

« Il ne serait pas convenable en effet que l’Internet se développe comme une zone de non-droit, que nos efforts pour mieux réguler l’économie s’arrêtent au monde de l’Internet ».

C’est bien le mot « réguler » qui est utilisé ici et non « civilisé ». C’est ainsi que sous couvert de protéger la société, le gouvernement souhaite réguler de manière plus draconienne le réseau Internet. Comme il l’énonce à la fin de cette lettre :

« Je souhaite qu’elle [la conférence] contribue à la nécessaire pédagogie pour un Internet respectueux des droits de tous et qu’elle soit aussi l’occasion de promouvoir les initiatives de régulation équilibrées prises par la France au cours des trois dernières années, en particulier la loi Hadopi dans le domaine du droit d’auteurs, dont le Parlement européen vient d’appuyer la démarche, et les mesures prises pour combattre les nouveaux phénomènes de cybercriminalité ».

De ce fait, l’objectif principal du gouvernement français est actuellement de surveiller le réseau Internet et plus spécialement lutter de manière plus efficace contre la cybercriminalité, sans tenir compte des libertés fondamentales pouvant être mises à mal. C’est pour cette raison que seules les questions relatives au développement économique d’Internet, la sécurité du réseau, la cybercriminalité, la gouvernance d’Internet et l’Hadopi ont été discutées lors de cette conférence du e-G8. Aucunes questions relatives aux libertés fondamentales, comme la liberté d’expression, ont été soulevées, ni celles relatives aux droits de l’homme. Pourtant, ces questions devaient être abordées, puisqu’au départ, avait été programmée par un ministre français pour le 15 octobre 2010, une « conférence internationale consacrée à la liberté d’expression sur Internet ». Cette démarche était tout à fait justifiée et souhaitée en raison des événements qui s’étaient produits dans le monde arabe ces derniers temps. La chasse aux cyberdissidents était l’occasion de rappeler l’importance de la liberté d’expression dans le processus de démocratisation des pays. Mais,

« la France a choisi de pratiquement évacuer du G8, qu’elle préside cette année, le thème de la liberté d’expression sur Internet, ainsi que le soutien au rôle de la Toile comme facteur de démocratisation, dans le monde arabe et ailleurs (…) à l’heure où la traque des cyberdissidents, de la Syrie à la Chine, bat son plein, avec souvent une grande violence policière" : Le paradoxe est d’autant plus frappant que, pour la première fois, et précisément à l’initiative de la France, le sujet d’Internet a été placé à l’ordre du jour du G8. Sont ainsi passées sous silence, à ce stade, des questions comme l’aide que les pays démocratiques peuvent apporter aux cyberdissidents, ou encore l’idée d’un code de conduite qui empêcherait les entreprises de livrer à des États autoritaires de la technologie destinée à censurer et à pourchasser les internautes. » (source)

Par conséquent, même si l’idée d’une conférence internationale sur l’Internet a été bien accueillie, il n’en reste pas moins que les atteintes aux libertés fondamentales le sont beaucoup moins. De nombreuses associations, par exemple la Quadrature du Net qui est une « organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet », montrent un réel mécontentement envers cette volonté de censurer le réseau Internet à tout va. Elle a d’ailleurs déclaré, à propos du sommet e-G8, qu’il était « un écran de fumée pour masquer le contrôle accru des gouvernements sur Internet ». Pour couronner le tout, la France est désormais placée dans la liste des pays sous surveillance dans le classement de Reporters sans frontières (RSF).

En résumé, la censure semble être devenue la norme à suivre au niveau mondial, que ce soit par les pays qui se disent démocratiques que par les pays dits totalitaires, sous couvert, d’instaurer un soi-disant « Internet civilisé ».