Florence Fortier-Landry est étudiante dans le cadre du cours DRT-6903
Blackberry ne pourra peut-être plus garder les secrets de ses utilisateurs très longtemps. Cette semaine, le Globe and Mail nous apprenait par l’entremise de l’Associated Press que l’Organisation des Nations Unies s’est prononcée sur une question qui tiraillait le fabriquant canadien des fameux appareils Blackberry, Research In Motion Ltd. (ci-après « RIM »).
Suites aux demandes de plusieurs États d’avoir accès aux données échangées par les utilisateurs [1]. En effet, certains pays du Moyen-Orient sont en bras de fer avec RIM pour que ce dernier leur fournisse accès à ce qui constitue une des marques de commerce de son entreprise : une technologie encryptée qui assure la confidentialité des communications des usagers et empêche l’accès au contenu des messages, notamment grâce au transit des informations par des serveurs situés à l’étranger. L’Indonésie, le Liban, les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite ainsi que l’Inde ont récemment fait part de leur inquiétude sur le fait que ce couvert confidentiel puisse servir au terrorisme ou à des activités criminelles et ont demandé que le fabriquant de ces téléphones intelligents vendus partout dans le monde modifie la technologie employée afin que les autorités puissent avoir accès aux courriels et aux messages au moment même où ils sont transmis.
À titre d’exemple, nous avons appris au début du mois d’août que l’Arabie Saoudite avait conclu un accord avec RIM au terme duquel les téléphones de marque Blackberry pourraient continuer d’être utilisés au pays à condition qu’un serveur local y soit installé. De cette façon, les autorités étatiques pourraient surveiller plus adéquatement les appels et les messages des utilisateurs [2]. Plusieurs pays menaçaient ainsi d’interdire l’utilisation de l’appareil conçu par RIM si ce dernier ne se soumettait pas aux demandes relatives à l’accès des données des utilisateurs.
C’est l’Union Internationale des Télécommunications, une agence qui relève directement de l’Organisation des Nations Unies, qui nous a fait part de cette prise de position. Le secrétaire général de l’agence, Hamadoun Toure, a officiellement annoncé mercredi que RIM se devait de « permettre aux agences de sécurité de tous les pays d’accéder aux données échangées au moyen des téléphones Blackberry » [3] car selon lui, « les gouvernements et les entreprises privées doivent coopérer sur les questions de sécurité » [4].
Il va sans dire que l’UIT ne possède aucun pouvoir de légiférer pour ses États membres et il ne peut pas imposer à RIM une certaine conduite face aux demandes des services de renseignement étatiques. Pourquoi Monsieur Toure nous fait donc part de ses vues sur un sujet si controversé et sur quoi se base-t-il pour prendre ainsi position ? Bien sûr, l’ONU défend fermement des objectifs de paix et de sécurité tel qu’on le constate facilement à la lecture des premiers articles de la Charte [5], mais les libertés individuelles sont également au cœur de ses considérations fondamentales. Malgré tout, les déclarations qui émanent de l’ONU et de ses organismes affiliés reflètent généralement les idéaux partagés par la communauté internationale et ceux-ci possèdent sans contredit un pouvoir autoritaire. À cette heure, RIM ne s’était pas encore prononcé sur la nouvelle. Toutefois, la compagnie ressent déjà les contrecoups de cette bataille : l’action de la société canadienne basée en Ontario en aurait grandement été affectée. Il semblerait toutefois que les analystes sont partagés sur l’impact de cette nouvelle sur les ventes d’appareils de la fameuse marque.
Cette annonce soulève rapidement des inquiétudes face aux questions de vie privée, de liberté d’expression et de protection des renseignements personnels. Certains y voient même une tentative par des gouvernements autoritaires de s’infiltrer dans la vie privée de ses citoyens, tel que nous l’apprend l’article paru dans le Globe and Mail. Notons également que l’Inde désire aller encore plus loin et demande que toutes les compagnies qui fonctionnent avec des informations encryptées détiennent un serveur national afin qu’il soit plus facile pour les autorités d’accéder aux informations des usagers. Ainsi, Google avec son service de messagerie GMail et Skype constituent la nouvelle cible, tous deux utilisant également le cryptage dans la transmission des informations. RIM est donc aux prises avec un conflit qui transcende ses propres considérations d’entreprise : jusqu’où irons-nous dans le dévoilement des informations personnelles qui circulent entre les mains de tiers ? Ne devons-nous pas nous inquiéter que certains gouvernements utilisent ces informations à des fins autres que celles qu’ils prétendent, soient la protection nationale et la lutte contre le crime et le terrorisme ? Il semblerait que le géant Blackberry doive à présent dicter le ton.
[1] SATTER, Raphael G., « UN says RIM should share data », Globe and Mail, 2 septembre 2010, en ligne : http://www.theglobeandmail.com/globe-investor/un-says-rim-should-share-data/article1693888
[2] AL-SHIHRI, Abdullah. « Accord sur l’utilisation de Blackberry en Arabie Saoudite », La Presse Affaires, 7 août 2010, en ligne : http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/medias-et-telecoms/201008/07/01-4304635-accord-sur-lutilisation-de-blackberry-en-arabie-saoudite.php
[3] « L’ONU voudrait que RIM partage ses données », Canoe.ca, 2 septembre 2010, en ligne : http://argent.canoe.ca/lca/affaires/international/archives/2010/09/20100902-164317.html
[4] Id.
[5] Charte des Nations Unies, en ligne : http://www.un.org/fr/documents/charter/index.shtml













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Commentaires
1. mardi 7 septembre 2010 par A. W
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