Professeur Mackaay est professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Il est également Directeur du CDACI.

Le dicton « Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » est souvent cité, sans attribution et dans les contextes les plus divers. Les grands textes de doctrine ne nous renseignent pas vraiment sur son origine. Même Carbonnier, d’habitude si sûr, écrit seulement :

« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime, la loi qui libère (la formule, ou à peu près, est de Lacordaire, et a servi de programme aux catholiques sociaux) » (Carbonnier, Droit civil, Paris, PUF, t. IV, no 11, p. 41 (7e éd., 1972).

Une recherche sur l’internet fait découvrir un éventail de sites qui le présentent comme Extrait de la Quarante-cinquième conférence de Notre-Dame. Or, la 45e conférence, à la p. 255 du tome IV des Oeuvres, a pour titre De l’existence de Dieu et ne traite pas de la question. En fait, le passage dont le dicton est tiré apparaît dans la 52e conférence de Notre-Dame, du 16 avril 1848, intitulé Du double travail de l’homme et repris aux pp. 471-495 dans le tome IV, consacré aux Conférences de Notre-Dame de Paris. T. III. Années 1846, 1848, des Oeuvres du R. P. Henri-Dominique Lacordaire, Poussielgue frères, Paris, 1872. - 9 vol. On peut accéder à l’ensemble des oeuvres en facsimilé par —> Conférences, écrits religieux et polémiques.

Le passage qui nous intéresse paraît à la p. 494 et se lit :

« Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »

Pour d’aucuns, la démarche scientifique semble se limiter à copier les autres et à se joindre au concert des voix, dans l’erreur ou dans la vérité. Décidément, la liberté opprime ...