C’est l’histoire juridique de l’automne, et ce, sans qu’il y ait jugement, injonction retentissante, procédure quelconque dans cette affaire. Du moins, si l’on doit mesurer l’importance d’une affaire par sa couverture médiatique, Facebook est la seule qui personnellement a justifié une dizaine d’interviews avec des journalistes (L’actualité, La Presse, le Journal de Montréal, Les Affaires, la Revue Force, etc.) ; l’article du journaliste averti Tristant Péloquin de ce matin dans La Presse est la dernière en date et s’intitule « Facebook : gare à la vie privée ».

Évidemment, il n’y a aucune des phrases citées que je ne revendique pas et non, je ne fais pas partie du club des mal cités. C’est vrai que leur contrat est nul, long, illisible, et c’est vrai que la récente décision Dell a malheureusement comme effet de favoriser le statu quo.

Simplement, et cela n’a rien a voir avec la qualité de l’article, qui est très bon, mais je ne souscris pas à la théorie du complot - qui n’est d’ailleurs pas mis en valeur dans cet article - qui semble être à la source de cette lever de bouclier, au demeurant, très saine. Je ne suis pas sûr de croire que FaceBook est animé d’un dessein fourbe et attentatoire aux intérêts des utilisateurs. Plus provoquant, peut-être, je ne suis pas particulièrement scandalisé par le fait qu’ils utilisent mes gouts culinaires, cinématographiques, pour avoir une publicité ciblée, plus conforme à ce que je suis. Je ne suis donc pas offusqué d’avoir de la publicité d’universités américaines offrant ses services à des canadiens plutôt que celle décrivant le dernier fast-food dopé aux gras trans très prisé par des adolescents états-uniens. Manifestement, ce ciblage existe déjà à un certain niveau et ne peut se faire que par le biais d’utilisation de certaines de mes données (qui sont d’ailleurs presque toutes fausses dans mon profil, à part mon nom et le fait que je sois canadien).

Je crois qu’en démonisant la moindre utilisation de données personnelles « peu sensibles », on occulte les vrais problèmes de vie privée, et notamment, l’incapacité de savoir comment se gère les données ; l’incapacité de savoir ce qui se passe de l’autre côté.

En revanche, ce qui est pénible dans cette affaire est cette culture de l’obscurantisme dont FaceBook a mal mesuré les effets. Le manque de transparence de Facebook en essayant de faire passer ce changement par l’introduction de Beacon par le biais d’un opt-out (plutôt qu’un opt-in) intégré dans un contrat que personne ne lit lui a rebondit en pleine face, et c’est très bien. Une transparence qui se traduit aussi par un texte qui en plus d’être illisible est comme le mentionne Benoit Gagnon dans ledit article, très peu clair. Il serait donc temps, face 1) à ces pratiques contractuelles désatreuses (contrats longs - illisibles - confus - chargés de clauses inutiles et imbéciles - etc.) 2) qui sont pourtant faciles à prouver dans la mesure où ces contrats que personnes ne lit demeurent pourtant accessibles en ligne, d’adopter un véritable marketing contractuel.

Le mea-culpa et le changement annoncé vers le opt-in va dans la bonne direction.

Celui d’un marketing contractuel qui va s’assurer que les lecteurs lisent et comprennent le droit ; un marketing contractuel qui va insérer le contrat obligatoirement dans le processus d’inscription. Cette approche m’apparaît tellement « web 2.0 », tout comme le site de moveon.org qui a mis le feu à la mèche de cette inconstance occulte de FaceBook.

En résumé, quelques conclusions :

  • 1 Le droit n’est en bien des cas pas l’outil le plus efficace pour règler un problème. Du moins, il ne l’est pas comme outil mais il peut servir comme modèle ou comme culture.
  • 2 La culture du « par la bande » est souvent catastrophique et a obligé FaceBook de se mettre en mode « gestion de crise » pour ne pas porter atteinte à son image corporative qui est une bonne partie du 15 milliards de dollars.
  • 3 Encore une fois, les internautes ont donc quelques pouvoirs et c’est très bien ainsi. Cela s’est déjà manifesté contre la Warner, contre Aol, etc., pour ne siter que ceux qui dont je me souviens.
  • 4 Je le répète, je crois qu’une partie du problème vient des bureaux d’avocats et des avocats dans les compagnies qui ne sont pas prêts à faire le « move » vers des contrats plus accessibles. Tout le monde fait cela, alors on continue. Dommage !