Mahnaz Jan Ali est étudiante dans le cadre du cours DRT 6929 O.

Suite à l’annonce par Facebook de son intention de faire une introduction en Bourse, le formulaire préalable à l’appel à l’épargne public (S-1) tant attendu a enfin été publié le 1er février 2012 sur le site de l’organisme américain de réglementation et de surveillance des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission (SEC).

L’engouement était à son maximum autant pour le public que pour Facebook qui compte amasser 5 milliards de dollars et ainsi battre le record de Google qui en a récolté 1.9 en 2004. Pour beaucoup, dont l’auteure Marie-Catherine Beuth du magazine Le Figaro, ce réseau social souligne les nombreuses forces qui l’élèvent aujourd’hui au rang des invincibles du net, créant de ce fait sa valeur :

« Non seulement Facebook doit traiter, agréger et présenter en continu une quantité astronomique d’informations, mais la manière de les traiter évolue aussi à chaque nouvelle fonctionnalité. Il s’agit donc d’une usine à la fois extraordinairement efficace et extraordinairement flexible ».

Néanmoins, le fait que Facebook représente actuellement une valeur sûre ne doit pas élaguer la question de la viabilité de ce statut sur le long terme, cette constatation étant appuyée par la lecture du prospectus S-1 dont le contenu calme le plus zélé des enthousiastes.

Tenu par l’obligation de la plus complète et véridique divulgation des faits matériels lors de la rédaction de son formulaire S-1 par la législation de la SEC, la Securities Act (1933), Facebook était tenu à la plus grande transparence lors de sa demande d’entrée en Bourse. Ainsi, les curieux ont eu accès à des informations aussi privées que les chiffres de l’entreprise, les salaires des dirigeants, les relations contractuelles ou encore les évaluations financières. De manière ironique, Facebook a eu l’occasion de goûter à ses propres méthodes, lui qui détient les informations privées de 845 millions d’utilisateurs, en devant à son tour se dévoiler en public. Il devra d’ailleurs s’y habituer car soumis dorénavant à l’obligation de soumettre régulièrement des rapports à la SEC en vertu de l’article 13 de la Securities Exchange Act (1934).

Parmi les informations contenues dans son dossier S-1, la section qui provoque le plus de réactions est sans contredit celle des facteurs de risque. En effet, on y retrouve pas moins de 40 facteurs qui pourraient mener à la fluctuation de la valeur de l’entreprise. Cette donnée reflète pourtant une vérité sombre des entreprises de l’Internet puisque leur survie dépend d’un élément aussi versatile que l’intérêt des utilisateurs, perdus dans un flot continuel et infini de nouvelles technologies. Si Facebook réussit avec tant de brio aujourd’hui, c’est qu’elle peut compter sur un grand nombre d’utilisateurs tout en réussissant à générer d’importants revenus à près de 93% (moyenne des trois dernières années) par les publicités. Il est donc tout à fait normal que deux des préoccupations les plus fondamentales de l’entreprise soient listées dans les facteurs de risque comme suit :

« Advertisers will not continue to do business with us, or they will reduce the prices they are willing to pay to advertise with us, if we do not deliver ads and other commercial content in an effective manner, or if they do not believe that their investment in advertising with us will generate a competitive return relative to other alternatives. »

« Our financial performance has been and will continue to be significantly determined by our success in adding, retaining, and engaging active users[…] Any number of factors could potentially negatively affect user retention, growth, and engagement, including if :

  there are changes in user sentiment about the quality or usefulness of our products or concerns related to privacy and sharing, safety, security, or other factors ; […]
  there are adverse changes in our products that are mandated by legislation, regulatory authorities, or litigation, including settlements or consent decrees » (S-1, p. 11)

Cependant, avec une tactique visant à donner les informations de ses utilisateurs aux entreprises souhaitant faire de la publicité sur sa plateforme, Facebook joue avec le feu. D’un côté, les compagnies de publicité réclament un accès aux détails des utilisateurs afin de bien cerner leur clientèle, alors que de l’autre, la population mondiale souhaite une protection plus accrue de leurs données personnelles. L’entreprise devra donc réfléchir encore plus activement à cette problématique puisqu’il semble qu’une bataille législative ait commencé en Europe avec la proposition d’une réglementation visant à harmoniser les législations de l’UE pour la protection des données personnelles, ainsi que la possibilité de ressuscitation de SOPA ou d’une proposition similaire aux États-Unis ou dans un autre pays. Il s’agit d’une situation bien délicate pour Facebook qui ne veut évidemment pas offusquer ou désintéresser sa source primaire de revenus que sont les compagnies de publicité, et encore moins ses utilisateurs qui représentent le fondement même de son existence.

En somme, un grand défi s’annonce pour l’entreprise, en recherche de solutions durables et adéquates. Dans tous les cas, la décision d’investir ou non dans « la valeur Facebook » pourra être clarifiée d’ici quelques mois alors qu’on saura la valeur exacte de l’action dont le code mnémonique sera « FB » …