Aldine Calveyrac est étudiante dans le cadre du cours DRT 6929O
Suite aux révélations au sein de la presse de la corruption dont a souffert la ville de Montréal l’an dernier, impliquant notamment des entrepreneurs de la construction italiens, le groupe humoristique Rock et Belles Oreilles (RBO) a tourné en dérision cet évènement d’actualité dans un sketch diffusé le 31 décembre 2009, à l’occasion d’un épisode spécial de fin d’année de l’émission Tout le monde en parle sur les ondes de Radio Canada. Semblerait-il que la parodie n’ait pas été au goût de tout le monde puisque l’Association des Entreprises et Professionnels Italo-canadiens (CIBPA) a déposé une plainte devant le Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes pour la diffusion du dit sketch jugé diffamatoire à l’encontre de la communauté italienne.
« Au Canada, le système de régulation en matière de radiodiffusion est fondé sur la mis en place d’un organisme général de surveillance et de réglementation : Le Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes (CRTC). Cet organisme est établi par la Loi sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et est chargé, en vertu de la Loi sur la radiodiffusion, de réglementer et surveiller tous les aspects du système canadien de radiodiffusion en vue de mettre en Å“uvre la politique canadienne en la matière », explique Pierre Trudel.
Ainsi, après qu’un sketch parodiant le jeu télévisé « La Guerre des Clans », rebaptisé pour l’occasion « La Guerre des Glands », mettant en scène une famille italienne incollable sur les questions de corruption a été diffusé dans le cadre de l’émission Tout le monde en Parle, la CIBPA a déposé une plainte le 26 janvier dernier auprès du dit organisme.
En effet, le CRTC prône la programmation de « haute qualité » tel qu’en dispose l’article 3 (1) g) de la Loi sur la radiodiffusion qui se veut être un standard à partir duquel se définit la conduite acceptable des entreprises de radiodiffusion et des télécommunications. Ce critère implique que la programmation offensante et discriminatoire est inacceptable. Effectivement, en vertu de l’article 3 b) du Règlement de 1986 sur la radiodiffusion et de l’article 5(1)b) du Règlement de 1987 sur la télédiffusion, il est interdit de diffuser :
« des propos offensants qui, mis dans leur contexte, risquent d’exposer une personne, un groupe ou une classe de personnes à la haine ou au mépris pour des motifs fondés sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou la déficience physique ou mentale ».
Et ce sont précisément les arguments avancés par l’Association des Entreprises et Professionnels Italo-canadiens pour qui, le sketch de RBO est effectivement offensant pour la communauté italienne par la voix de Giuliano D’Andrea, vice-président de l’association, lors d’une conférence de presse mercredi dernier :
« Il est regrettable qu’un an à peine après avoir dû présenter des excuses pour la diffusion d’insultes similaires à l’endroit d’une minorité raciale au cours de l’émission de télévision Bye Bye 2008, Radio Canada ait ciblé en 2009 la communauté italienne en associant des stéréotypes négatifs inacceptables aux allégations de scandales dans l’industrie de la construction ».
En effet, le CRTC avait été amené à juger une précédente affaire concernant, elle également, le télédiffuseur Radio Canada et son émission Tout le monde en parle. En l’espèce, les propos tenus par l’humoriste Jean François Mercier avaient été remis en cause. Il avait été retenu par le Conseil dans une décision en date du 31 août 2009 que :
« la diffusion de certaines séquences de cette émission a enfreint l’article 5(1)b) du Règlement de 1987 sur la télédiffusion, lequel interdit la diffusion de propos offensants et qu’elle n’a pas respecté la norme de haute qualité énoncée dans la Loi sur la radiodiffusion. Étant donné que les radiodiffuseurs sont responsables du contenu qu’ils diffusent, le Conseil estime que la Société Radio Canada (SRC) devrait s’excuser auprès de ses téléspectateurs. En outre, le Conseil s’attend à ce que la SRC mette immédiatement en Å“uvre des mesures en vue de s’assurer de respecter à l’avenir ses obligations réglementaires et ses conditions de licence et à ce qu’elle donne un compte rendu de ces mesures dans sa prochaine demande de renouvellement de licence ».
Aujourd’hui, la CIBPA considère que « c’est une honte que notre diffuseur national puisse présenter un point de vue si borné, sans prendre en considération le fait que ce qui paraît humoristique à certains peut être terriblement blessant pour ceux qui sont ciblés par ce genre d’humour ».
Mais ne s’agit-il pas justement, en l’espèce, d’un simple jugement de valeur sur le « genre d’humour » employé ? Et l’on s’entend pour dire qu’en la matière, nul ne peut faire l’unanimité. Ainsi il convient de déterminer si les propos tenus dans le sketch de RBO relèvent de la parodie ou sont, au contraire, de nature à effectivement exposer la communauté italienne, « à la haine et au mépris ».
Pour ce faire, le contexte s’avère être primordiale. Car si la politique de « haute qualité » mise en Å“uvre interdit de tels propos ; ces derniers doivent être considérés eu égard au contexte dans lequel ils ont été diffusés. La prise en considération du contexte est donc fondamentale dans le système de régulation de l’audiovisuel et cela est d’autant plus vrai dans la présente affaire. En effet, la parodie de RBO, connu pour son humour noir, n’est, soit, pas très flatteuse pour les italiens Å“uvrant dans l’industrie de la construction mais cette satire intervient dans le cadre d’une revue d’actualité des évènements marquants de la dernière année. Or le scandale lié à l’industrie de la construction à Montréal a fait couler beaucoup d’encre dans la presse au cours de 2009.
Ainsi tout est affaire de contexte et de légitimité à évoquer un sujet. L’accueil de cette plainte pourrait donc avoir de fortes répercussions quant à la porté de la liberté d’expression. Reste à voir ce que décidera le Conseil.
Affaire à suivre…












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Commentaires
1. mardi 16 mars 2010 par Yael
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