Si l’information à l’air quelque peu plus présente en Europe qu’en Amérique du Nord, je suis impressionné par ce boycott qui sévit actuellement afin de faire infléchir eBay relativement à deux décisions prises par la multinationale. La première est presque banale, à savoir, une hausse des commissions de vente ; la seconde est passablement plus intéressante et concerne une interdiction des vendeurs de noter les acheteurs. Nous avions parlé de ce dernier point il y a peu. Comme on peut le voir sur le site du blogueur Pisani, ces mesures ont entraîné un boycott que plusieurs acclament comme étant une réaction saine à une tentative de contrôle du « gros » sur les « petits ». Penser cela est pour le moins réducteur et pour être tout à fait honnête, je trouve cette tentative de eBay tout à fait salutaire.

Car personne ne semble signaler qu’il y a plus d’un an, comme ce fut repris dans le reportage de La Facture sur Radiocanada auquel j’avais eu le plaisir d’intervenir, plusieurs acheteurs se plaignaient de certains « powerseller » qui exerçaient des mesures de rétorsion contre des acheteurs mécontents. Des vendeurs qui sont de véritables professionnels dans la mesure où plusieurs effectuent des milliers voire dizaine de milliers de transactions par année.

Si je n’ai pas de données sur l’ampleur du phénomène, il ne semblait pourtant pas être totalement isolé. eBay réagit donc ; peut être avec une décision qui n’est pas parfaitement idoine. Peut être. En tous les cas, l’entreprise témoigne d’une volonté de ne pas nuire à la confiance des acheteurs qui doivent pouvoir dire tout haut ce qu’ils pensent sans être menacés de voire leur « Ã©toile » ternie par un vendeur.

Ainsi, l’on est dans une situation somme toute très proche de celle de la vente en ligne traditionnelle entre un commerçant et un consommateur où le « droit » (la loi généralement) introduit un déséquilibre en favorisant la partie faible, le consommateur. Le droit vient donc à la rescousse de la situation de fait entre le « gros vendeur » et le « petit acheteur ». Et c’est exactement ce que vient de faire eBay avec le « droit eBay ».

Bien sûr c’est une atteinte à la liberté des vendeurs. Et c’est bien ainsi, comme mentionné par Lacordaire :

« Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »

Ce mouvement de boycott me fait donc penser au courant poujadiste d’après-guerre où des petits entrepreneurs se plaignaient d’exigences fiscales et comptables trop lourdes de l’État français. C’est malheureusement, ou heureusement, une tendance qui se généralise dès lors que l’on est face à un modèle d’affaire qui pour devenir adulte, doit se rationaliser en vérifiant l’adéquation entre l’état des pratiques de vente et les intérêts catégoriels qui s’opposent.

Ici, clairement, eBay a choisi son camp et défend les acheteurs.

Sur ce coup là, la foule me paraît manquer, si je puis me permettre, d’une sagesse pas si vénérable que cela.