Jose Pastor est étudiant dans le cadre du cours DRT 6903.

Le journal espagnol El Pais dans la page principale de son édition digitale du 18 octobre 2009 faisait écho du phénomène Spotify. Spotify est un logiciel développé en Suède en 2006, mais lancé pour un accès public uniquement en Octobre 2008. Il est disponible gratuitement seulement dans quelques pays de l’Europe Occidentale (Suède, Norvège, Finlande, Royaume-Uni, France et Espagne). Par contre, ce service compte déjà cinq millions d’utilisateurs.

Le site compte un catalogue de plus de six millions de chansons, dont celles des grands de l’industrie musicale notamment Universal Music Group, Sony BMG, EMI Music, Warner Music Group, Merlin et The Orchard, auquel s’ajoutent 10,000 nouveaux titres par jour. Selon, cet article, Spotify est vu comme la meilleure solution actuelle favorisant le développement du marché légal de la musique numérique.

Mais, qu’est-ce Spotify au juste ? Il s’agit d’une application permettant d’écouter la musique de façon illimitée, gratuitement et légalement sur Internet sans besoin de la télécharger préalablement. Parallèlement, Spotify offre aussi un service d’abonnement Premium, au coût d’une dizaine d’euros par mois, qui permettrait le téléchargement illimité de titres pour une utilisation externe à l’application.

Le modèle d’affaires de Spotify est basé sur plusieurs volets : des revenus provenant du « streaming » lors de l’écoute de chansons en ligne, des revenus provenant de la publicité (émise entre chansons et en forme de « banners » sur le site) mais aussi des souscripteurs à leur service Premium, des fonctionnalités techniques supérieures à celles d’autres sites de musique en ligne et finalement, une perception d’exclusivité des usagers compte tenu que le site n’est accessible que par invitation.

D’ailleurs, Spotify partage ses revenus publicitaires avec les maisons discographiques, certaines desquelles, telles que Sony Music, font partie selon certaines sources de son actionnariat.

Tel que suggéré dans l’article, s’agit-il de la troisième étape de l’évolution du téléchargement de musique sur internet après la déconfiture judiciaire du modèle Napster et le magasin de musique en ligne iTunes d’Apple ?

Il est, à mon avis, un peu trop tôt pour exprimer une telle affirmation, surtout lorsque Spotify est uniquement disponible dans cinq pays, parmi lesquels on ne retrouve pas les États-Unis, la Chine ou le Japon.

Par contre, cela semble être le bon moment pour lancer et développer de nouveaux modèles d’affaires ayant comme objet la commercialisation de la musique sur internet et ce, compte tenu de récentes initiatives législatives, surtout européennes, contre le piratage et le téléchargement illégale des œuvres culturelles –musique et films surtout- protégées par le droit d’auteur.

Plusieurs pays européens, entre autres le Royaume Uni, tiennent à suivre le modèle français ou projet de loi « Hadopi 2 », qui a été finalement entériné par l’Assemblée Nationale le 21 septembre 2009. Ce projet de loi contre le téléchargement illégal prévoit la création d’une "Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet" (Hadopi), chargée de mettre en œuvre des sanctions administratives, telles que la coupure temporaire de l’accès internet pour les internautes fautifs.

Dans le contexte canadien, le téléchargement via internet d’œuvres musicales protégées par droit d’auteur est réglementé par la Loi sur le droit d’auteur. Malgré que cette loi prévoit des conséquences sérieuses pour les responsables des atteintes au droit d’auteur, l’application de ses règles selon Me Alain Lecours reste très difficile :

« En effet, la nature d’Internet permet difficilement de retracer les internautes qui violent le droit d’auteur. Ainsi, seuls des efforts coûteux permettraient d’identifier les individus responsables de violations afin de retenir leur culpabilité : une entreprise ardue et surtout nullement profitable ».