C’est une des dernières fois que j’en parle, mais voici les réponses que je viens de donner à une journaliste - Marie-Josée Soucy - de la revue Rebelle, revue qui semble s’adresser à un auditoire d’adolescentes et propriété du journal La semaine. Des réponses donc qui j’espère s’adaptent au lectorat.

MJS. 1) Croyez-vous qu’il soit sécuritaire pour des mineurs d’utiliser Facebook ?

VG. Oui. Sécuritaire comme une auto. Une auto, cela peut être génial, cela permet de faire des tas de choses mais on ne peut pas l’associer à certains comportements tels l’alcool ou la vitesse. Et bien Facebook, c’est pareil.

MJS. 2) Quelles sont les informations que les adolescents peuvent y mentionner sans crainte ?

VG. Toutes celles qu’ils pourraient évoquer sans crainte dans une salle publique. Dans la mesure où Facebook est un lieu public, on adopte des comportements assez semblables de ceux d’un lieu public. Plus le lieu sera public (selon votre compte "privacy"), plus la prise de conscience s’impose.

MJS. 3) Quelles informations vaut-il mieux éviter de donner sur Facebook et pourquoi ?

VG. L’information trop personnelle sur soi. L’information trop personnelle sur les autres. Évidemment, les propos déviants, haineux, racistes, diffamants, etc., sont également sujet à contrôle du droit.

MJS. Concernant les questions deux et trois, est-il sage de divulguer :
- Prénom ?
- Nom ?
- Ã‚ge ?
- Date de naissance ?
- Nom de son école ?
- Nom de ses parents ?
- Adresse ?
- Numéro de téléphone (même cellulaire) ?
- Lieux de sortie ?

VG. Pour une question de sécurité sur vos données, il faut seulement avoir conscience que certaines de ces infos peuvent être utilisées pour des fins d’identification bancaire notamment.

Pour une question de sécurité sur votre personne, et même si cela n’est évidemment pas documenté, certaines personnes visitent sans aucun doute facebook avec des intentions malveillantes. Mais ceci vaut sur Facebook comme dans le monde réel.

Dans les deux cas, il n’y a pas de panique à avoir. Ce sont de toutes les manières des informations qui sont déjà souvent publiques (bottins, Internet, etc.). Simplement, à trop se livrer, on accentue sans doute le risque.

MJS. 4) Quel genre de recommandations donneriez-vous en ce qui concerne l’utilisation de photos sur ce genre de site ?

VG. Comme juriste, 2 questions principales se posent : 1) ai-je les droits d’auteur sur l’image, le texte, la vidéo qui ne m’appartient pas ? Le propriétaire a effectivement un monopole d’utilisation.

Ceci dit, en pratique, et conformément du la règle du "pas vu, pas pris !", le risque est souvent "gérable".

2) La personne que je prends en photo est-t-elle d’accord que je publie son image ? Là encore, il ne s’agit pas de faire signer des contrats à chaque prise. Simplement, il importe d’être conscient que l’on ne peut faire n’importe quoi avec l’image d’autrui.

MJS. 5) Est-il prudent de donner accès à notre profil aux amis de nos amis ?

VG. Les mots de passe, c’est comme une brosse à dent, cela ne se prête pas. C’est une règle d’or. Dans les cas d’exception, il faut une sacré confiance dans l’ami et encore plus de l’ami de l’ami. Surtout lorsque le mot de passe est le même pour d’autres sites.

Bien sûr, vos amis sont différents : mais la grande majorité du vol d’identité est fait par des personnes que l’on connaît.

MÀJ 01 février 2008 : François Senécal, un fidèle lecteur, étudiant en maîtrise en droit des TI (qui travaille sur la neutralité technologique et que j’ai hâte de lire) vient gentillement de me faire savoir que je me suis planté dans la réponse donnée. La question n’était en effet pas de transmettre un accès au compte mais au profil. C’est vrai. C’est vrai mais disons que la question relative au compte m’arrangeait dans la mesure où j’avais quelquechose à en dire. Sur l’accès au profil, rien. Sinon, que cela ne me semble pas d’un niveau de dangerosité extrême, c’est le moins que l’on puisse dire.

MJS. 6) Quelles recommandations générales donneriez-vous aux adolescents qui fréquentent Facebook (ou d’autres sites Internet similaires) ?

VG. Utilisez-le ! Internet n’est pas plus dangereux que le monde réel. Et puis, de manière presque provocante, cela fait parti de l’éducation d’un jeune d’aujourd’hui d’être ouvert à de pareilles technologies. De surcroît, cela permet de parfaire son anglais.

Il faut donc l’utiliser avec une prise de conscience d’une possible dangerosité si on le fait sans discernement. Ce qui ne veut pas dire de manière "plate". Simplement, quelques questions s’imposent : ai-je envie d’être vu par n’importe qui en pareilles circonstances ? Et dans 5 ans quand je chercherai du travail ? Bien sûr on peut effacer, mais une fois sortie, l’information n’est souvent plus en votre seule possession.

Plus qu’un risque de sécurité, qu’un risque juridique, sur Facebook, sans cette prise de conscience du caractère public, il y a un risque d’être ridicule. Et cela peut faire très mal aussi.

Cette prise de conscience passe aussi concrètement par une visite du "privacy". Celui en haut qui correspond à une capacité de personnaliser très précisément ses modalités de publication ; pas celui du bas qui est un contrat illisible et que l’on met en bas pour être sûr que personne ne le lise.