Lancement du livre des professeurs Régis, Benyekhlef et Weinstock: sauvons la justice!

Vincent Gautrais 22 septembre 2017

Hier soir, lors du lancement du livre de mes collègues Régis, Benyekhlef et Weinstock, il m’a été demandé de dire quelques mots pour souligner le bel ouvrage qu’ils viennent de publier. Voici donc les quelques mots proposés.

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Mesdames, messieurs,

il m’a été demandé de dire quelques mots en hommage – car hommage il se doit – à l’occasion du lancement de ce collectif dirigé par les professeurs Régis, Benyekhlef, Weinstock. Quelques mots certes mais quelques chiffres aussi. Car chiffre il y a :

  1. Evidemment le premier est 39.
  2. ils proviennent de 23 professeurs de carrières.
  3. De ces 39, 24 ont été écrits par des hommes et
  4. 17 par des femmes.
  5. Il y a des jeunes, des très jeunes, des plus vieux, mais sur ce point, question d’élégance, point de statistiques.
  6. Il y a pas mal de juristes (14), 6 gens de la santé, 2 journalistes et 14 disciplines différentes sont représentées ;
  7. Il y a 2 notes de bas de pages en 213 pages, ce qui est fort reposant ;
  8. Il y a minimalement 2 anciens carrés rouge déclarés ;
  9. Notons aussi que près de 10% des auteurs font partie de la famille Régis ;
  10. 2 Tremblay, 2 Trudel, quoi de plus normal sous le soleil québécois.

Voici pour les chiffres qui traduisent me semble-t-il une belle diversité ; une originalité de perspectives ; une pluralité salutaire. Pour les mots, là encore, vous me permettrez un choix éditorial en en invoquant certains, disons 10, soit parce qu’ils sont omniprésents, récurrents, étonnants ou tout simplement élégants. Une dizaine qui sont colorés, transcendés, tout autant par la justice que par l’injustice. 10 mots qui ont été proposés par les auteurs pour sauver la justice. Les voici par ordre alphabétique, comme les auteurs dans ce livre.

  1. Le mot « Accès ». Qu’il soit aux soins, à la justice, à la connaissance, aux opportunités, à l’égalité, il traduit un manque et très souvent des regrets de le voir se perdre par rapport à ce que l’on a déjà connu.
  2. Le mot « Décrochage ». Qu’il soit scolaire, judiciaire, culturel, trop de gens sont mis en marge de ces apports sociaux fondamentaux que la collectivité est sensée leur apporter.
  3. Le mot « Démocratie ». Il est à la base d’une pluralité des textes présents qui évoquent tant son importance que les menaces contre ce fondement, la constitution ne le dit que trop bien, d’une société juste et démocratique.
  4. Le mot « Education ». J’aurais peut-être du choisir le mot école, tout aussi présent dans le livre, et dont l’étymologie (qui signifie « loisir studieux ») est tout de même fort joli. Et bien ce mot « éducation », on le découvre régulièrement dans l’ouvrage. Il participe à la justice ; il la précède, la conditionne.
  5. Le mot « Enfant ». Le hasard de l’orthographe fait qu’il est juste après éducation. Sa vulnérabilité, son irréversibilité, nous amène à le protéger.
  6. Le mot « État ». Il est dans tous ses états. Son absence, sa déliquescence est à la mode. La tendance du jour aime le voir s’étioler, s’affaiblir, avec son lot de dommages collatéraux. Ce livre, à de nombreuses reprises, lutte contre ce lieu bien trop commun.
  7. Le mot « Hasard » : la justice par le hasard est étonnamment identifié dans l’ouvrage à au moins 3 reprises comme un vecteur de soustraction aux ordres établis.
  8. Le mot « Participation ». Que ce soit l’étudiant, le patient, le citoyen, il est voué à sortir de son rôle passif ; la justice le convie à être participatif. (tel un chanteur de rap !)
  9. Le mot « Santé ». Sans commentaire, outre son omniprésence.
  10. Le mot « Wapikoni ». J’ai découvert grâce à vous dans un texte très touchant que ce n’est pas seulement un nom mais un bien joli prénom.

Par ces 10 chiffres et ces 10 mots je voulais souligner le grand intérêt que fut le mien de lire ces 41 auteurs qui participèrent à cet exercice tenant presque de la gageure, mais qui présente une vraie profondeur d’élargissement de points de vue par ces variations sur un même thème. La justice est trop fondamentale, le livre le prouve, pour n’être sous le regard que des seuls juristes. Il faut lever la tête du guidon. Faisons respirer la justice en l’isolant du seul droit, un mot justement que je ne souhaitais pas évoquer dans mon court propos. L’académique que je suis fut également comblé de voir des collègues, mais pas uniquement, s’ouvrir davantage, sortant de leur cadre habituel de fonctionnement, en s’engageant, se mouillant non sur ce qui est mais sur ce qui devrait. C’est aussi cela la recherche ; sortir du confort de nos arcanes pour se positionner davantage. Ce ne devrait peut-être en fait être que cela…

C’est donc un hommage que je me devais de souligner aux professeurs Régis, Benyekhlef, Weinstock qui au-delà de leurs contributions, dirigèrent judicieusement ce choix d’auteurs. En votre nom, je me devais donc de les féliciter ; de les remercier.

Cet hommage n’est que Justice ; justement.

Mis à jour le 25 septembre 2017 à 9 h 17 min.